Aller au contenu
La Part du Chêne

Distilleries hantées

Armand Armadieu · · 5 min de lecture

Dans le Kentucky se trouve un entrepôt appartenant à la distillerie Buffalo Trace. L’entrepôt C. Celui-ci n’ouvre ses portes au public que quelques jours dans l’année, au mois d’octobre. Entre les fûts de bourbon, certains disent entendre, la nuit, des voix dont personne ne connaît la provenance…

Voici cinq histoires de distilleries hantées.

Le papier peint de la dame blanche

Qui décolle le papier peint des murs de la distillerie Glenmorangie ?

Dans les anciens planchers de maltage, une main invisible retire la tapisserie. Proprement, sans aucune déchirure. On aurait pu l’expliquer par l’humidité des murs. Pourtant… Le directeur de la distillerie en poste à l’époque, Graham Eunson, confiait lui-même, en 2005, au magazine Kindred Spirits, sa stupéfaction de constater les murs parfaitement secs après cette étrange manifestation.

Alors une autre rumeur se mit à circuler : celle d’une silhouette de femme tout de blanc vêtue, la Dame blanche, qui veillerait sur les ouvriers de nuit. Personne ne dit qui elle était, ni d’où vient son histoire. Les sceptiques, eux, y voient une légende bien utile pour tenir les équipes éveillées.

Les planchers de maltage sont aujourd’hui désaffectés. Personne n’a jamais su expliquer pourquoi les murs, pourtant parfaitement secs, ont perdu leur papier peint.

La bête noire de Tomatin

C’est lors d’une nuit d’un noir absolu qu’un ouvrier de la distillerie de Tomatin rentre chez lui. Alors qu’il essaie d’habituer ses yeux à l’obscurité, il sent une présence derrière lui. Plus il avance, plus la sensation se fait pressante. Mais impossible de distinguer quoi que ce soit dans les ténèbres.

Ce n’est que lorsqu’il arrive vers les lumières de son village, et qu’à la présence se sont ajoutés comme des grognements sourds, qu’il peut se retourner juste à temps pour apercevoir une bête, un grand chien noir, quasiment sur lui. Alors qu’il tend les mains pour toucher la bête, celle-ci disparaît dans un nuage de fumée bleue.

Cette histoire tient en quelques phrases sur une boîte de whisky. Cù Bòcan, en gaélique écossais, veut dire « chien noir ».

Est-ce le dernier loup d’Écosse ? Ou la terrible sorcière de Laggan ?

Personne ne le sait, et ce n’est pas le site de la distillerie qui nous en apprendra plus, car il reste étrangement silencieux, aux dires du podcast Whiskey Lore.

Le cavalier de Bowmore

Sur l’île d’Islay, en Écosse, un fermier du nom de Lachlan Bàn rentre chez lui une nuit d’orage. Alors qu’il aperçoit sa chaumière au loin, il se rend compte qu’elle est allumée, comme si quelqu’un avait allumé un feu. En se rapprochant, il voit une silhouette monter sur un cheval qui semble sortir de chez lui. Alors qu’il plisse les yeux pour mieux voir, il se rend compte qu’elle n’a pas de tête.

Après qu’elle a disparu sous la pluie battante, Lachlan se précipite chez lui :

La porte est grande ouverte, le feu tout juste éteint et ses braises encore chaudes, et sur la table… une bouteille de whisky Bowmore entamée.

Terrorisé, il jette la bouteille.

Certains racontent que ce n’était que son frère, venu lui rendre visite et partager une bouteille de whisky avec lui. Ne pouvant attendre, il aurait pris un verre pour se donner du courage et serait reparti.

Quoi qu’il en soit, depuis ce jour, la coutume pour les vrais Ileach, natifs de l’île d’Islay, est d’ouvrir une bouteille de whisky neuve pour leurs invités. On jette aussi le bouchon au feu pour que le cavalier ne vienne pas dans les chaumières étancher sa soif.

Le fantôme de Campbeltown

Peu avant Noël, le 23 décembre 1930, Duncan MacCallum, le propriétaire de la distillerie de Glen Scotia, à Campbeltown, trouve la mort dans un loch.

Les récits ne s’accordent pas sur le loch, celui de Campbeltown ou celui de Crosshill, qui alimente la distillerie en eau. Ils s’accordent encore moins sur la raison. On dit qu’il se serait noyé volontairement, ruiné par un investissement qui n’était qu’une escroquerie. La Scotch Malt Whisky Society affirme au contraire que ces histoires de faillite sont « certainement fausses » : sa succession était évaluée à près de 284 000 £.

Aujourd’hui, la distillerie a ses habitudes de nuit. Dans la salle des alambics, certains employés refusent d’entrer une fois la nuit tombée. Les sous-traitants disent se sentir observés.

Qui est-il venu surveiller ? Peut-être, suggère Lucy Britner, veut-il s’assurer qu’aucune autre affaire ne tourne mal.

Duncan MacCallum veillerait donc encore sur sa distillerie, la nuit, au cas où une autre mauvaise affaire se présenterait.

Les visiteurs de Kilbeggan

Kilbeggan, Irlande, 1798. Un couvre-feu est en vigueur, et John McManus, fils du fondateur de la distillerie, ne le respecte pas. On le soupçonne aussi d’appartenir aux United Irishmen, les rebelles du moment. Il est exécuté (Whisky Advocate, Master of Malt).

La distillerie, fondée en 1757, est toujours là. Plus de deux siècles plus tard, en 2007, une équipe de télévision en franchit les portes. Derek Acorah, médium vedette de l’émission britannique Most Haunted, affirme avoir pris contact avec le père et le fils. Il parle. Il donne des détails que presque personne ne connaît, des détails qu’il dit tenir des fantômes eux-mêmes.

Face à lui, le directeur de la distillerie, Brian Quinn, est surpris (The Spirits Business).

D’où venaient ces détails ? Du médium, des archives, des morts ? Le médium a parlé. Les morts, eux, n’ont pas démenti.

Qu’elles soient fondées ou légendaires, ces histoires ont une force : celle d’avoir été si bien transmises qu’elles résistent au temps. Comme un whisky se bonifie dans l’obscurité, le récit qui l’entoure s’affine au fil des années.

Chaque maison a son histoire. Laissez-moi vous aider à écrire la vôtre.